L'écrivain écossais Alistair MacLean à son bureau en 1960 (Popperfoto)

Alistair MacLean et les canons de la gloire (Céligny, Suisse)

Voir aussi : Les cimetières de Suisse ]

Il faut l’admettre, le nom – et parfois l’oeuvre – de Alistair MacLean sont un peu oubliés aujourd’hui, particulièrement dans le monde francophone. On ne se souvient plus qu’il fut un auteur au succès considérable dans les années 1960 et 1970, auteur de titres restés célèbres grâce à leur adaptation au cinéma, tels que Les canons de Navarone, Destination Zebra, station polaire ou Quand les aigles attaquent avec Richard Burton … son voisin dans l’éternité. Inhumés dans le même cimetière, à quelques mètres de distance, les deux hommes se détestaient !

Photo d'exploitation du film "Les Canons de Navarone" (1961, British Film Institute).
Photo d’exploitation du film « Les Canons de Navarone » (1961, British Film Institute).

Né en Ecosse, dans une famille où ne parlait l’anglais qu’à l’école, Alistair MacLean s’engage à dix-sept ans dans la marine royale, en 1941. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il sert comme torpilleur sur le HMS Royalist, en Méditerranée et dans le Pacifique, une expérience dont il allait se servir pour écrire ses premières nouvelles. Selon ses dires, non vérifiés, il aurait été capturé et torturé par les Japonais avant de retourner à la vie civile en 1946. Devenu professeur de littérature anglaise, il occupe son temps libre à écrire, principalement des histoires liées à la mer ; il remporte même un concours dans le Glasgow Herald, ce qui lui vaut l’encouragement d’une maison d’édition à écrire un roman lié à son expérience de marin. Porté par le succès de La mer cruelle (Monsarrat, 1951) ou Ouragan sur le Caine (Wouk, 1951), il publie H.M.S. Ulysses qui devient aussitôt un très grand succès.

Devenu écrivain à temps plein, MacLean enchaîne les romans de guerre, dont les plus fameux sont adaptés au cinéma : Les canons de Navarone racontent l’histoire d’un commando prêt à s’emparer des redoutables canons allemands d’une île grecque. Portée par six personnages hauts en couleur, cette histoire est une aubaine pour le producteur et scénariste Carl Foreman qui voit l’opportunité de réunir à l’écran un casting de stars internationales : Gregory Peck, Anthony Quinn et David Niven en tête. Devenu très riche, l’écrivain cherche à fuir l’écrasante fiscalité britannique et s’exile avec sa famille, comme nombre de ses compatriotes, en Suisse. De 1957 à 1963, il réside à Genève puis à Céligny (où il écrit entre autres Le dernier passageDestination Zebra, station polaire et Commando pour un seul homme) avant de déclarer abandonner l’écriture pour gérer un hôtel en Angleterre, le « Jamaica Inn ». L’aventure est de courte durée : trois ans plus tard, la famille revient en Suisse et MacLean publie Quand les aigles attaquent, nouveau succès d’édition qui fait de lui un des auteurs britanniques les plus appréciés de son époque. Comme souvent, il participe au scénario de l’adaptation cinématographique mais, si son talent littéraire n’est pas contesté, sa faculté à écrire des scripts pour le cinéma est qualifiée de « maladroite » par le producteur du film. Son livre suivant, L’ouragan vient de Navarone, est également adapté au cinéma, avec le jeune Harrison Ford.

Alistair MacLean au travail dans son bureau (1960, Popperfoto).
Alistair MacLean au travail dans son bureau (1960, Popperfoto).

« Je ne suis pas un écrivain né, je n’aime pas écrire. J’ai écrit chacun de mes livres en trente-cinq jours épuisants, avec pour seul objectif de finir cette satanée histoire. » (Alistair MacLean).

Dans les années 1960 et 1970, Alistair MacLean est l’un des romanciers les plus lus dans le monde, l’un des plus riches aussi. Pourtant, ses dernières années sont les plus éprouvantes, à tous points de vue : il se sépare de sa première femme et mère de ses trois enfants pour épouser la fille de Georgius et Marcelle Yrven. L’histoire se solde par un coûteux divorce quelques années plus tard. Les livres publiés par MacLean ne rencontrent plus le succès d’autrefois : les intrigues se compliquent, les thèmes changent et le public achète moins. Alcoolique, multipliant les déclarations provocatrices auprès des journalistes, il tente de reconquérir son ancienne femme. Il achète un appartement à Dubrovnik, en ancienne Yougoslavie, et continue d’écrire, tentant de retrouver les éléments narratifs qui avaient fait sa gloire : la guerre, les héros virils. Même si La sorcière des mers ou Adieu Californie ne rencontrent pas le succès attendu, il est honoré par un doctorat honoris causa à l’université de Glasgow.

Alistair MacLean est inhumé dans l'ancien cimetière de Céligny.
Alistair MacLean est inhumé dans l’ancien cimetière de Céligny.

Diminué par un accident vasculaire cérébral pendant des vacances en Allemagne, il est plongé dans un coma artificiel, dans un état grave. Il meurt à l’hôpital de Munich le 2 février 1987. L’écrivain est inhumé dans l’ancien cimetière de Céligny, non loin de la maison qu’il possédait avec sa première épouse, après des funérailles dans l’intimité familiale. Sur sa tombe, un peu défraîchie, on peut encore lire « Come my friends, tis not too late to seek a newer world« .

Alistair MacLean repose auprès de sa première femme Gisela, décédée en 2011.
Alistair MacLean repose auprès de sa première femme Gisela, décédée en 2011.

Alistair MacLean est inhumé dans l’ancien cimetière de Céligny, à quelques mètres de la tombe de Richard Burton, qui possédait lui aussi une maison dans le village. Curieuse coïncidence ! Richard Burton fut l’interprète, aux côtés de Clint Eastwood, de l’adaptation au cinéma du roman Quand les aigles attaquent, un grand succès de l’année 1968. Impossible de ne pas penser que les deux hommes se rencontrèrent, échangèrent quelques mots … ou quelques verres, les deux étant alcooliques notoires. Il n’en est rien : MacLean détestait Richard Burton au point qu’il lui écrasa son poing sur la figure lors d’une entrevue dans un hôtel de Londres. Ils ne s’adressèrent plus jamais la parole !

La tombe d'Alistair MacLean se trouve à côté de celle de Richard Burton, qu'il détestait !
La tombe d’Alistair MacLean se trouve à côté de celle de Richard Burton, qu’il détestait !

Voir aussi : Les cimetières de Suisse ]

2 Comments Posted

    • Merci beaucoup de votre gentil commentaire ! Les articles me prennent du temps dans les recherches mais j’essaye d’en faire très régulièrement ! 🙂

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