L'acteur Pierre Blanchar (1892-1963) est inhumé dans le petit cimetière de Charonne, à Paris, dans le 20ème arrondissement.

Pierre Blanchar, le romantique ténébreux (Paris, 75)

« Pierre Blanchar est parmi les rares comédiens qui ont réussi à conquérir une égale notoriété sur la scène et sur l’écran. […] Se métamorphoser par l’expression cherchée bien plus que par l’artifice du maquillage, c’est à quoi excelle l’art de sa composition. » (Lecture pour tous, 1950)

Tout au fond du petit cimetière de Charonne, derrière les tombes de Robert Brasillach et du mystérieux Bègue Magloire, à ses dires secrétaire de Robespierre, on trouve la tombe toute simple de Pierre Blanchar, acteur populaire de l’entre-deux-guerres, aujourd’hui un peu oublié. Son jeu renfermé, un brin théâtral, aurait-il eu raison de sa postérité ? Est-ce l’absence de grands classiques dans sa filmographie ? Ou le temps qui passe, tout simplement, encore et toujours lui, cruel avec les uns, glorifiant pour les autres ? Évoquer sa mémoire est aussi rendre justice à un acteur qui mériterait d’être redécouvert.

Portrait de Pierre Blanchar dans la revue Visages et contes du cinéma (1937, Coll. personnelle).
Portrait de Pierre Blanchar dans la revue Visages et contes du cinéma (1937, Coll. personnelle).

« Tous ceux qui sont là mourront de ma main, je le jure ! […] Ta main gardera ma marque. Et quand le moment sera venu, si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi ! ». A la fin de l’année 1944, c’est dans un Paris libéré que les français découvrent une cinquième adaptation au cinéma des aventures du Bossu, héros littéraire créé par Paul Féval, célèbre alter ego d’Henri de Lagardère, chevalier prêt à venger le duc de Nevers, lâchement assassiné par son cousin. Avec verve et panache, Pierre Blanchar endosse le double costume, ferraille à n’en plus finir dans une adaptation réussie de Jean Delannoy, bien avant l’interprétation en couleurs de Jean Marais. Blanchar n’est pas un inconnu du grand public, c’est même une vedette à part entière qui enchaîne les compositions au théâtre et au cinéma depuis les années 1920.

Affiche du film Salonique, nid d'espions (1937, BNR).
Affiche du film Salonique, nid d’espions (1937, BNR).

Acteur régulier des films de Raymond Bernard, on le voit dans Le joueur d’échecs (1927), Les croix de bois (1932), adaptation du roman de Dorgelès, ou Le coupable (1937). Pour Claude Autant-Lara, il est de L’affaire du courrier de Lyon (1937) et impressionne par son jeu sobre et mystérieux dans L’homme de nulle part (1937), adaptation de Luigi Pirandello par Pierre Chenal. Pendant la guerre, il refuse de tourner des films pour la Continental, société gérée avec des capitaux allemands, mais remporte un immense succès populaire dans Pontcarral, colonel d’empire (1942), où il interprète un vaillant ancien soldat de Napoléon prêt à en découdre avec le nouveau régime, jugé illégitime. La référence à la situation politique et sociale de la France est évidente ; le film bénéficie encore aujourd’hui d’une aura importante, entre courage et esprit de résistance.

Pierre Blanchar en couverture de la revue Mon film (1949, coll. personnelle).
Pierre Blanchar en couverture de la revue Mon film (1949, coll. personnelle).

Pontcarral à l’écran, Pierre Blanchar l’est aussi dans la vie. Patriote, il s’engage dans le réseau de Résistance de Jean-Paul Le Chanois pendant l’Occupation et collabore à des journaux clandestins, dont L’écran français. Un de ses articles est passé à la postérité car opposé à l’un des plus grands classiques du cinéma français, Le Corbeau d’Henri-Georges Clouzot. Dans un article intitulé « Le corbeau déplumé » (en collaboration avec Georges Adam), il s’attaque au metteur en scène travaillant dans une compagnie dirigée par les Allemands et à un film qu’il juge à la solde de l’ennemi.

« M. H.-G. Clouzot, le réalisateur du Corbeau, aurait fort bien pu refuser d’exercer son métier de cinéaste français dans une maison de production purement allemande et sous les ordres de son chef nazi, M. Graven. Il n’a pas jugé bon de le faire. […] Les Allemands peuvent se frotter les mains : après avoir commis beaucoup d’erreurs sur la valeur professionnelle de leurs valets français, ils ont enfin déniché ceux qui, sous le couvert d’une marchandise impeccable et parfois même séduisante, seront d’excellents thuriféraires de l’idéologie sournoise de l’ennemi. » (Pierre Blanchar, mars 1944)

Pierre Blanchar écrit un article critique sur Clouzot et Le Corbeau (1944, BNF).
Pierre Blanchar écrit un article critique sur Clouzot et Le Corbeau (1944, BNF).

La même année est créé le Comité de Libération du Cinéma Français (CLCF) dont Pierre Blanchar est d’abord un des membres les plus actifs, avec beaucoup d’autres acteurs ou réalisateurs, avant d’en devenir le président. L’acteur se montre particulièrement intransigeant avec les artisans du cinéma, toutes professions confondues, soupçonnés d’avoir travaillé pour l’ennemi. Ce zèle à l’épuration, dans un contexte difficile, n’est pas toujours apprécié de la profession.

Couverture de la revue Visages et contes du cinéma, consacrée à Pierre Blanchar (1937, coll. personnelle).
Couverture de la revue Visages et contes du cinéma, consacrée à Pierre Blanchar (1937, coll. personnelle).

Après la guerre, Pierre Blanchar retrouve quelques rôles marquants, dont La symphonie pastorale, adaptation d’André Gide avec Michèle Morgan ; Le bataillon du ciel, film en deux parties évoquant le courage des parachutistes de la France Libre ; Docteur Laennec (1949) ou encore Le monocle noir de Georges Lautner, son dernier rôle au cinéma. De cette époque, Bal Cupidon est également une gentille comédie à revoir. Homme d’une seule femme, Marthe Vinot, père de l’actrice Dominique Blanchar, il reste jusqu’à la fin de sa vie l’homme droit qu’il a toujours été, porté par des valeurs et un professionnalisme reconnu. Il s’éteint le 21 novembre 1963, d’une tumeur au cerveau.

L'église, devant le cimetière de Charonne, sert de cadre aux dernières séquences du film Les tontons flingueurs.
L’église, devant le cimetière de Charonne, sert de cadre aux dernières séquences du film Les tontons flingueurs.

L’acteur repose, avec son épouse, dans le petit cimetière de Charonne. Il fut inhumé quelques jours avant la sortie du film Les tontons flingueurs (Lautner, 1963), dont les dernières séquences furent tournées devant l’église. Comble du destin, sa tombe est située non loin de celle de Robert Brasillach, journaliste d’extrême-droite et collaborateur notoire, régulièrement vilipendé par la Résistance à laquelle appartenait Pierre Blanchar et fusillé à la Libération.

Pierre Blanchar repose avec son épouse Marthe Vinot.
Pierre Blanchar repose avec son épouse Marthe Vinot.

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